Noms de puits de mine dans le bassin de l'Arc - 1ère partie

Publié par Lucile Decombe, le 20 juin 2020   54

Xl puits castellane gr asque

Il y a eu plus de 800 descenderies et plus de 50 puits dans le bassin de l'Arc au cours des 5 siècles d'exploitations du charbon. L'origine des noms de ces exploitations est diverse et variée, bien que souvent liée aux ingénieurs et aux patrons des Cies minières, longtemps privées.

Le musée a lancé une série de publications sur les réseaux sociaux à ce sujet, qui s'adresse donc avant tout au grand public.

********

Commençons par le puits Dubreuil, souvent cité comme premier puits vertical du bassin de l'Arc, datant de 1820. Nous sommes sur la concession de Gréasque, en forêt des Euves. Ce puits est sur le parcours permanent dont nous reparlerons samedi. Le nom vient tout bonnement de la famille propriétaire du terrain, qui exploitait le charbon par descenderies depuis le 18ème siècle. Joseph Dubreuil (1747-1824) était avocat au barreau d'Aix et procureur du pays de Provence. Il fut même maire d'Aix en 1815 (pendant les cent-jours).

Une autre figure locale a laissé son nom à un puits plus près de Fuveau: le puits Lhuillier. Charles-Ivan Lhuillier a fondé la Cie exploitante (Société Lhuillier) qui

deviendra la S.A. des Charbonnages des Bouches du Rhône suite à l'association avec le comte de Castellane.

Puits Lhuillier ou n°10 - Fuveau


Puits Hély d'Oissel Gréasque

Mais la grande figure locale du 19ème siècle c'est sans conteste, le comte Louis Joseph Alphonse de Castellane, dit Jules de Castellane (1782-1861). Héritier des seigneurs de Gréasque, et maire de Gréasque de 1815 à 1831, c'est avant tout un riche propriétaire et un mondain, amoureux de théâtre.  Il a eu plusieurs concessions d'exploitation de charbon, à Gréasque, mais aussi dans le Var, le Vaucluse, la Manche, les Cévennes. Ces concessions étaient médiocres comparées à celles de Gréasque. 

Il a laissé son nom à plusieurs puits: le puits Castellane, le puits Léonie et le puits Béthune en particulier. Léonie était en fait Sophie Léonie Laure Huberte de Villoutreys de Brignac, l'épouse du comte de Castellane. Béthune vient du nom de sa mère, Armande Louise Adélaïde de Béthune, originaire d'Artois. 

Le puits Béthune est accolé à la cité du Thubet. En provençal, le mot Tubet désigne un lieu enfumé, comme une taverne ou un estaminet, ou un lieu produisant de la fumée. On ne connait cependant pas de vestige de taverne dans cette cité minière de nos jours... l'origine de ce nom-là reste donc encore mystérieux. Les puits Léonie et Castellane n'ont plus qu'une plaque explicative en forêt des Euves. Les vestiges du puits Béthune et de la cité du Thubet sont plus importants et sont sur le parcours permanent en forêt des Euves. 

 Le Musée de la Mine de Gréasque est situé sur le site du Puits Hély d'Oissel. Mais je parie que beaucoup d'entre vous ne savent pas d'où vient le nom... Etienne Hély d'Oissel était le président de la Cie des Charbonnages des Bouches du Rhône qui a foncé le puits entre 1912 et 1916. C'était un financier parisien issu d'une grande famille bourgeoise typique de la fin du 19ème siècle. Il a également été au Conseil d'Administration de Saint-Gobains. Il est mort en 1915 et on l'a ainsi honoré. 


Contrairement à Gréasque, à Trets, aucun puits vertical ne porte le nom d'un personnage. Les noms sont plutôt liés aux zones géographiques où les puits se trouvent.

Ainsi le puits de la Tuilière (ou de la Tuilerie) tient son nom du quartier de la Tuilière (en provençal téuliero). Foncé en 1851, il appartenait à M. Audric. On l'a parfois appelé puits Audric ou encore puits vieux. Le puits des Blaques vient aussi d'un quartier. En provençal, lou blacas signifie le chêne blanc. Il a été foncé en 1929-1930 mais jamais mis en service car les mines de Trets ont fermé à cause des inondations importantes des galeries. Les puits Ste Marie tiennent par contre leurs noms de leur sainte patronne, ce qui était fréquent au 19ème siècle. Foncés en 1874-1878, on les appelait aussi puits neufs.

Si l'on remonte un peu plus loin dans le temps, on trouve des noms de puits issus de leurs propriétaires pour les puits inclinés et les descenderies du 18 ème siècle. Les puits du médecin, ou de la médecine, étaient aussi appelés puits Suméire du nom de Laurens Suméire, médecin et maire de Trets en 1789-1790, et de Fulgence Suméire, médecin et maire de Trets de 1803 à 1809.. Les puits Audibert, au hameau des Reynauds, portent le nom de Jean-Baptiste Audibert, boulanger à Marseille, et propriétaire des terres.

Pour terminer notre tour des puits d'aujourd'hui, voici deux puits du début du 20 ème siècle, situés sur Cadolive-Saint-Savournin, dont les noms sont issus de personnages locaux importants.

Le Puits Armand, parfois appelé puits neuf, porte le nom d'Amédée Joseph Armand, PDG de la société Michel, Armand et Cie. Son père Pierre Charles Armand était industriel dans la soude, et avait eu la concession des mines de La Bouilladisse et des Martigues. Amédée, d'abord avocat, découvrit l'industrie lors d'un séjour en Sicile en 1833 et se lança à son retour dans l'exploitation du lignite, en s'associant à Jean-Etienne Michel, issu de l'industrie de la soude. Amédée s'impliqua aussi dans toutes les grandes entreprises marseillaises. Il mettra en place la 1ère machine d'épuisement des eaux de mines au Rocher Bleu et crééra la Sté Charbonnière du Midi en 1853 afin d'exporter le lignite provençal dans le bassin méditerranéen. Son neveu et héritier, le comte Albert Armand, sera lui aussi très impliqué dans l'industrie locale.

Le puits Germain porte le nom de Louis Germain, un industriel marseillais, 1er président de la Cie des mines de Valdonne. En 1924, on l'appelle aussi puits Saint-Savournin. Louis Germain était un administrateur de la Cie des Mines de l'Arc, Prades et Sumène, avec Albert Armand et Etienne Michel. cette société gérait la concession de l'Arc à Rousset.

Puits Germain vers 1950 - Saint-Savournin

**********

Les éléments biographiques que je viens d'évoquer sont issus du travail de M. Bernard Deschamps, membre de notre comité scientifique. Il travaille actuellement à un ouvrage sur l'ensemble des puits du bassin, qui devrait sortir en septembre prochain.