Conférence/Débat

“Éloge de l’Inégalité” - Semaine de la Pop Philosophie Saison XV

Jean-Philippe Delsol, docteur en droit et licencié de lettres, avocat et président de l’Institut de Recherches Economiques et Fiscales

Désormais, l’égalité est devenue la mesure de toute chose. Elle est l’obsession du monde, sanctifiée, adulée, intouchable. Considérée comme la référence indépassable de toute loi, de tout débat, de toute vertu, elle est presque une religion. Et l’inégalité est assimilée au mal suprême. Mais les approches unidimensionnelles ne sont généralement ni justes ni raisonnables. Il faut bien sûr une certaine égalité pour que les hommes puissent vivre paisiblement ensemble. Mais il leur a fallu aussi beaucoup de liberté pour construire le monde et l’enrichir par leurs initiatives et leurs échanges de produits et d’idées. Trop d’égalité tue l’initiative, entrave le progrès et uniformise à l’excès. La liberté conduit toujours à une certaine inégalité propre à la diversité des comportements humains. La justice doit se glisser et s’imposer entre égalité et liberté pour favoriser l’une et l’autre par des règles de respect mutuel - un état de droit - et dans la reconnaissance d’une égale dignité de tous qui exige peut-être plus d’équité.   

Certes, l’inégalité a ses vertus autant que ses limites. Elle mérite d’être reconnue à la façon d’Erasme, auteur d’un Eloge de la Folie écrit pour donner de la liberté à la raison, qui observait que « La nature n’a pas accordé à tous les mêmes dons et ne les a pas répartis d’une manière égale afin que cette inégalité fût compensée par des services réciproques ».  Les hommes ne savent pas vivre dans l’in-différence. Et de leurs différences jaillissent toujours des formes d’inégalité. À eux de les rendre utiles plutôt que perverses, bénéfiques plutôt qu’insupportables.