[Les Connecteurs] Retour d'expérience, ode aux connecté·e·s

Publié par Gulliver - Membre du Réseau Culture Science PACA, le 7 janvier 2021   810

Xl visuel principal article

Le 3 décembre 2020, dans le cadre de l'événement "La nouvelle donne de la CSTI" organisé en ligne pendant 4 jours par l'Amcsti, s'est tenu le retour d'expérience Les Connecteurs

Pourquoi et comment collaborer avec les youtubeur·se·s scientifiques ?

À cette occasion, Gulliver a livré ses premiers enseignements. Pour rappel, cette expérimentation avait pour objectif global d'interroger les liens entre institutions de CSTI et youtubeur·se·s scientifiques. Ce retour d'expérience est également enrichi par l'expérience accumulée par Gulliver depuis 24 mois autour des vidéos Echoscientifiques


1/ Établir la confiance au service du lâcher prise

Le monde de YouTube, et de ses vidéastes – scientifiques, culturels, parodiques, etc. – est souvent mal connu des institutions scientifiques. Inversement, les vidéastes scientifiques ont parfois une image stéréotypée des centres de médiations scientifiques. Au carrefour de la pop-culture des premiers et de la culture pouvant être perçue comme ringarde, élitiste, voire austère des seconds, des valeurs fortes communes peuvent être partagées. Rigueur, méthodologie, éthique, et surtout partage des savoirs ne sont pas de vains mots pour les un·e·s et pour les autres. Ils portent des notions complexes. Les discuter et les définir ensemble en amont du projet de production vidéo permet une acculturation au service de la mise en place d’un cadre général co-construit.  

Ce terrain commun est d’autant plus facile à établir qu’un grand nombre de youtubeur·se·s scientifiques ont une formation initiale scientifique universitaire.

Captures d'écran de la vidéo du Professeur Chêne :
regards pop-culture, histoire de l'art et
touche d'humour

Cette préparation en amont est importante pour le projet de vidéo : elle autorise une confiance mutuelle et un lâcher prise nécessaires de la part des partenaires. Les codes et l’esprit propres à YouTube pourront être efficacement exploités par le·la vidéaste, totalement impliqué·e dans le projet de médiation. Dans le respect du cadre préalablement établi, le·la youtubeur·se saura apporter efficacement et/ou subtilement la touche décalée qui fait parfois défaut aux projets développés par les institutions. Et l’institution acceptera plus facilement une perte partielle de la maîtrise du projet, s’en remettant au·à la vidéaste pour ce qui concerne « l’esprit » YouTube / pop-culture.

Cette préparation amont permet également aux vidéastes, encore peu aguerri·e·s à ce type de partenariat, de s’affranchir des éventuels poids et pression institutionnels qui peuvent brider leur créativité (cf. infra).

A ce titre, la résidence d'artiste est un outil puissant au service de cette acculturation. En toute convivialité, lors de visites, de rencontres, de repas, le cadre se met en place et la confiance s'établit naturellement.  Sa liberté (de ton, de style, etc.) peut alors être accordée au·à la youtubeur·se sous forme d'une "carte blanche cadrée".


2/ Des apports mutuels vertueux

L'institution saura mettre ses réseaux et ressources (didactiques, iconographiques, etc.) au service du projet créatif des youtubeur·se·s. À travers des rencontres et visites, l'ambiance de la recherche et son actualité la plus récente impacteront la production vidéo. Il semble que les youtubeur·se·s soient en demande, l'institution facilitant les travaux de documentation (fond et forme) nécessaires à la bonne qualité de la vidéo. 

Professeur Chêne à la rencontre des scientifiques,
leurs collections et ressources

L’expérience Les Connecteurs confirme la pertinence des…. connexions ! En organisant des rencontres, sur le terrain, entre des scientifiques et le·la vidéaste, la production finale est inévitablement nourrie d’échanges, d’ambiances et impactée au-delà de prises de vue originales et de la précision des informations partagées. Ces échanges permettent également une mise en exergue de la transdisciplinarité et de donner du contexte (historique, socio-économique, sociétal, etc.) aux recherches et connaissances scientifiques mises en jeu dans le projet de médiation vidéo, au service de la créativité et de la transmission des savoirs. 

Les salarié·e·s et la mascotte de Gulliver
mobilisé·e·s sur le projet...

C'est aussi une opportunité pour l'institution de s'emparer d'un projet fédérateur autour des équipes permanentes (interne) et de ses partenaires (externe). Entre le·la youtubeur·se et le monde de la recherche, l'institution joue ainsi un rôle d'interface, de médiatrice entre deux univers professionnels au service d'un projet de médiation auprès des internautes. 

Elle apporte également de la crédibilité au·à la vidéaste. 59% des internautes placent la fiabilité des sources comme critère n°1 pour ce qui concerne la qualité d'une chaîne YouTube scientifique (étude Les 15-25 ans et les YouTubers scientifiques, janvier 2020). La collaboration affichée avec une institution reconnue pourra être vue comme un gage de qualité complémentaire par la communauté du·de la youtubeur·se. 

L'institution peut ainsi améliorer sa visibilité et celle de son dispositif de médiation grâce à un support complémentaire aux habituels conférences, expositions, ateliers, etc. Elle pourra ainsi être attentive à accompagner un projet classique de médiation (notamment exposition temporaire) par une vidéo sur YouTube co-construite avec un·e vidéaste qui en maîtrise bien mieux qu'elle les codes et les usages au bénéfice d'une diversification de ses publics. 

Le·la youtubeur·se apporte son regard de médiateur·trice, décalé et neuf. Via sa communauté, il·elle permet de diversifier le public de l'institution, en touchant un public plutôt jeune. Et souvent réactif : les nombreux commentaires émis sous les vidéos YouTube sont potentiellement riches d'enseignement pour l'institution. 

Un conte traditionnel japonais pour introduire "Ryugu,
le diamant céleste". Vidéo Echoscientifique 1 Saison 1,
Le Sense Of Wonder

Souvent jeunes, les youtubeur·se·s intègrent dans leur script et leur production des angles d'attaque et des éléments narratifs issus de la pop-culture et culture des réseaux sociaux (memes, expressions verbales familières, etc.).

Les connaissances et recherches mises en jeu sont alors faciles d’accès, tant sur le fond que sur la forme. A travers les mots et les images choisis, le·la youtubeur·se les présente de façon souvent claire et simple. Mais en aucun cas de façon simpliste : la complexité et l'esprit critique font partie intégrante du cadre de valeurs co-construit en amont. Les vidéos de science, souvent consommées comme des divertissements, sont donc des supports pertinents pour engager ces nouveaux publics, souvent jeunes, vers des réflexions plus profondes et citoyennes autour des enjeux liés aux transitions (climatique, écologique, numérique, etc.) et aux grands enjeux de notre société (l'actualité nous le rappelle trop régulièrement : infox, complotisme, relativisme radical, etc.). 

À travers la diversité des partenaires et des ressources de l'institution, les rencontres provoquées avec les savoirs et celles et ceux qui les fabriquent au quotidien doivent inviter le·la youtubeur·se à intégrer naturellement cette touche sociétale dans la vidéo à produire. 


3/ Questions et enjeux en suspens

                           Différentes interrogations émergent de notre expérimentation Les Connecteurs.

a/ Exacerber la créativité ? 

S’agissant d’une expérimentation, la préparation, minutieuse, de cette résidence a peut-être nuit à la créativité et à la spontanéité. L’institution, en faisant le choix du média YouTube et de ses codes propres, attend probablement moins d’adaptation du vidéaste à ceux de l’institution.

Ainsi, il pourrait être pertinent d'adjoindre au binôme institution / vidéaste scientifique un acteur complémentaire au service de la création (graphiste, designer ?) voire de faire le choix plus audacieux, sous réserve de la co-construction d'un cadre commun tel qu'évoqué supra, d'un·e youtubeur·se culturel·le non-scientifique. 

 

b/ Choix des partenaires ? 

L'institution qui déciderait de s'engager dans un tel partenariat doit se forger une culture du monde très diversifié des youtubeur·se·s scientifiques. Il s'agira pour elle de se rapprocher en priorité des vidéastes dont le ton et le style, les formats, la ligne éditoriale, etc. correspondent à son projet et l'image qu'elle souhaite se donner. L'institution doit en effet respecter les éléments qui forgent l'identité et l'image des youtubeur·se·s, et de leur chaîne. Elle ne pourra pas demander à son·sa partenaire vidéaste de modifier, si ce n'est à la marge, ces éléments déterminants. 

En miroir, nous invitons les youtubeur·se·s scientifiques, en fonction de leurs projets, lignes éditoriales, etc. à ne pas hésiter à prendre contact avec les institutions scientifiques, désormais attentives à ce type de projets. Et la complémentarité est réelle, pour des projets probablement décalés et que les institutions ne développent pas encore. 


c/ Au futur : médiation scientifique participative sur YouTube ? 

Du binôme [institution - vidéaste] au trinôme [institution - vidéaste - communauté]

Les vidéastes de science disposent parfois de communautés établies, très larges et dynamiques. Les liens ne sont en général pas établis entre l'institution et ces communautés via le·la youtubeur·se. A l'heure de l'explosion des sciences participatives, des expériences pourraient également être tentées à travers ces liens autour de la didactique des sciences. 

En ces temps où une forme de défiance citoyenne frappe la communauté scientifique, institutions et vidéastes scientifiques peuvent faire monter en compétences et en connaissances les communautés numériques. En adaptant leurs dispositifs didactiques aux questions, enjeux et problématiques qui émergent au sein de ces communautés, elles pourraient apporter des réponses concrètes à des problématiques sociétales prégnantes ou émergentes. Il s'agirait alors de co-construire des projets ambitieux de médiation scientifique participative avec et pour les communautés.


Pour finir...

Dans quelques jours/semaines, Le Carnet de résidences Les Connecteurs 2020 sera disponible. D'autres enseignements, apportés par les autres institutions connectées et les vidéastes de science seront dévoilés. Nous invitons chaque acteur intéressé à prendre connaissance des éléments de ce Carnet. 

Enfin, l'expérimentation Les Connecteurs 2020 a été largement impactée par les contraintes liées à la situation sanitaire mondiale et locale. La communauté Les Connecteurs 2020 s'est régulièrement retrouvée pendant 12 mois grâce aux outils de télécommunication désormais [trop?] bien connus et maîtrisés par tous. La conclusion finale, probablement biaisée par ce contexte extraordinaire, porte sur les nécessaires rencontres physiques pour ce type de projet. Les résidences, notamment celle Gulliver-Professeur Chêne en itinérance provençale, ont permis des rencontres riches toujours très conviviales et bienveillantes. 


Les Connecteurs 2020 n'a toutefois, à ce jour, jamais permis la rencontre "en vrai" de l'ensemble des protagonistes qui pourtant et sans aucun doute possible, partagent désormais plus qu'une expérience professionnelle enrichissante. Autour de Alexandrine, Benjamin et Didier (Amcsti), Marina, Mariette, Laurent, Flo, Tom et Émilien (Quai des savoirs - Qu'est-ce-que-tu geekes ?) ; Anne, Lionel et Simon (Océanopolis - Melvak) ; Philippe, Cindy et Benoît (La Turbine - Caméléon Curieux) ; Éléa, Barnabé et Lénaïc (Gulliver - Professeur Chêne), la communauté attend impatiemment une opportunité de rencontre en terrasse pour partager un café ou plus probablement une (ou quelques) bière(s). 

Dans l'attente de cette rencontre, qu'un hommage leur soit rendu pour célébrer le plaisir et l'immense honneur que nous avons eu à travailler à leurs côtés pendant ces 12 mois.

Ode aux connecteurs

Sot, si ce quai de Toulouse ne fréquente pas

Des savoirs en éruption avec Mari(s) Ette Na, et Laurent Chic 

Au passé, les enfants télévisent un monstre gentil goinfrer son gloubi-boulga

Au futur, ils youtubent leurs assiettes sur Qu’est-ce-que tu GEEKes ?

 

Le plastique, c’est pas fantastique

Ton air de Brest au bal d’Océanopolis,

Anne et Lionel, comme ça empire, contre attaquent

Plus guère d’étoiles de mer au générique pour Melvak

 

Oh Philippe, elle tourne à quoi La Turbine ?

Complètement camé Léon, curieux non ?

La connaissance en guise d’héroïne,

D’Annecy, des doses de savoirs nous ramenons

 

De muséums en jardins, dernier voyage avec Gulliver

Sur les routes de Provence, la nature à découvert

Éléa et Lénaïc on the biodiverstory Road trip

Branchent le Professeur Chêne à l’équipe

 

Une troupe éclectique, parfois électrique, à l’aventure

La connaissance et les Lumières de la culture

Pour tous sur YouTube, un sacré bénéf.

Merci à Toi la Fondation EDF

 

L’Amcsti pour les réunir tous et les lier

Lutter contre les ténèbres dans une même communauté

Merci à Toi Didier, parti en route sur d’autres chemins

Mais ne crains rien, Benjamin veille au grain

 

Pour leurs chaînes, ils se déchainent, de liens sécréteurs

Entre institutions et youtubeurs voici les Connecteurs

La science mise en culture, objectif commun

Partager les savoirs, et le faire bien.



Lénaïc Fondrevelle - Taradeau - Un soir de juillet 2020...